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Mariage Princesse

L'île Maurice, un voyage de noces dans l'esprit d'une princesse

Voyages de noces royaux

Pas de voyage de noces princier à Maurice, et nous le disons. En revanche, une visite d'Élisabeth II en 1972, Le Morne et l'Aapravasi Ghat.

Jeune mariée en robe de soie claire au bord d'un lagon, avec une montagne verte en arrière-plan
Mariée au bord d'un lagon de l'île Maurice, image réalisée pour Mariage Princesse.

Disons-le d’emblée : aucun couple royal ou princier n’a, à notre connaissance, passé sa lune de miel à l’île Maurice, du moins selon les sources que nous avons pu vérifier. Ce que l’île possède, c’est un lien royal d’une autre nature, la visite d’Élisabeth II en mars 1972, et un patrimoine historique rare, avec deux sites classés par l’UNESCO. D’où l’angle de cet article : un voyage de noces dans l’esprit d’une princesse, curieux de lieux, d’histoire et de beauté plutôt que de rumeurs.

Ce que l’on peut affirmer, et ce que l’on écarte

Une page d’histoire sérieuse sur les voyages de noces royaux doit commencer par une honnêteté. Il est tentant d’attribuer à Maurice tel prince ou telle altesse, mais rien ne le prouve. Nous n’avons trouvé aucune lune de miel princière à Maurice qui se laisse prouver, et nous ne reprenons donc aucune de ces affirmations. De même, aucune visite du prince Charles à Maurice n’apparaît dans les sources consultées : nous ne l’écrivons pas.

Cette retenue n’est pas une posture : elle protège le lecteur. Une anecdote royale fausse, répétée de site en site, finit par passer pour un fait, et la page d’histoire que vous lisez perdrait alors sa raison d’être. Ce qui est établi se résume à des visites officielles. Elles ont leur intérêt, car elles racontent comment la monarchie britannique a traversé l’océan Indien, un siècle durant, pour se montrer aux sujets de la couronne.

Mars 1972 : Élisabeth II à Port-Louis

La visite officielle de la reine Élisabeth II et du prince Philip se tient du 24 au 26 mars 1972, selon les Archives nationales britanniques et des chroniques locales. Le couple arrive à bord du Britannia, le yacht royal, et reçoit un accueil à Port-Louis. Le programme comporte aussi l’ouverture du Parlement. L’île a obtenu son indépendance quatre ans plus tôt, le 12 mars 1968, et ne deviendra une république que le 12 mars 1992 : la reine y vient donc quatre ans après l’indépendance.

Cette escale s’inscrit dans la tournée de 1972 qui conduit aussi le couple aux Maldives, le 13 mars, puis aux Seychelles, la même année. Pour comprendre le rythme de ce voyage, on peut lire l’histoire de la reine dans notre article sur le mariage de la princesse Élisabeth et du prince Philip, qui retrace aussi leur propre lune de miel, à Broadlands puis à Birkhall.

D’autres membres de la famille royale sont passés par Maurice, selon des sites d’histoire locale et la presse, à qui nous attribuons ces informations plutôt que de les garantir :

  • le prince Alfred, duc d’Édimbourg, en 1870, qui aurait posé la première pierre de l’observatoire royal Alfred à Pamplemousses ;
  • le duc et la duchesse d’York, futurs George VI et Elizabeth, du 1er au 3 juin 1927 ;
  • la princesse Margaret en 1956, au cours d’une tournée de cinq semaines en Afrique orientale et à Maurice, d’après le site de la State House ;
  • la princesse Alexandra en 1972, pour l’inauguration de l’université de Maurice.
Visite Date Nature
Élisabeth II et le prince Philip 24 au 26 mars 1972 Visite officielle, à bord du Britannia
Princesse Alexandra 1972 Inauguration de l’université
Princesse Margaret 1956 Tournée en Afrique orientale et à Maurice
Duc et duchesse d’York 1er au 3 juin 1927 Visite
Prince Alfred, duc d’Édimbourg 1870 Première pierre de l’observatoire

Aucune de ces lignes n’est un voyage de noces. Elles montrent simplement que l’île est restée liée à la couronne pendant plus d’un siècle. Les formes changent avec le temps : en 1870, un prince vient poser une première pierre, symbole d’un empire qui s’installe ; en 1927, un couple de futurs souverains passe trois jours sur l’île ; en 1972, une reine arrive en yacht dans un pays indépendant, et c’est l’État mauricien qui l’accueille. Pour un lecteur qui prépare sa propre lune de miel, la leçon est double : méfiez-vous des brochures qui vendent un « séjour de princesse » en le rattachant à un prince jamais cité, et cherchez plutôt, dans les lieux eux-mêmes, ce qui a réellement retenu l’attention des souverains, des jardins, des ports, des institutions.

De Mauritius à l’Isle de France : cinq siècles de passages

Avant d’être britannique, Maurice a eu trois noms et trois maîtres. D’après le portail du gouvernement mauricien et les encyclopédies, une escadre néerlandaise commandée par Wybrand van Warwyck aborde au Grand Port en 1598 et nomme l’île Mauritius, en l’honneur de Maurice de Nassau. Les Néerlandais l’abandonnent définitivement en 1710. En 1715, Guillaume Dufresne d’Arsel en prend possession au nom de la France et la rebaptise Isle de France.

Le moment décisif vient en 1735, avec l’arrivée de Mahé de La Bourdonnais comme gouverneur des Mascareignes. Il fait de Port-Louis une base navale et un chantier de construction de navires. En août 1810, la marine française remporte à Grand Port l’une des rares victoires navales françaises des guerres napoléoniennes, mais l’île n’en tombe pas moins : le 3 décembre 1810, le gouverneur Decaen capitule devant les Britanniques, et l’île reprend le nom de Mauritius. Le traité de Paris du 30 mai 1814 confirme la cession à la Grande-Bretagne, avec Rodrigues et les Seychelles.

Ce passé explique le visage de l’île : un nom néerlandais, des noms de lieux français, une administration longtemps britannique, et une langue créole qui en est née. C’est aussi ce qui donne tout son sens à la visite de 1972 : la reine vient dans une île où la monarchie britannique avait régné un siècle et demi, et qui n’était plus sienne depuis quatre ans.

Une île qui raconte l’histoire du monde

Située dans l’océan Indien, dans l’archipel des Mascareignes, l’île Maurice a pour capitale Port-Louis. C’est surtout par son histoire qu’elle se distingue de bien des destinations de lune de miel, plus balnéaires. Deux de ses sites sont inscrits au patrimoine mondial.

L’Aapravasi Ghat, mémoire du travail sous contrat

Entrée de l'Aapravasi Ghat à Port-Louis, panneau d'information et murs de pierre noire
L'Aapravasi Ghat, à Port-Louis, inscrit à l'UNESCO en 2006. Z thomas, 27 septembre 2019. CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

L’Aapravasi Ghat, à Port-Louis, a été inscrit en 2006. Selon l’UNESCO, ce dépôt d’immigration, construit en 1849 sur la baie de Trou Fanfaron, a reçu des travailleurs sous contrat venus de l’Inde, d’Afrique orientale, de Madagascar, de Chine et d’Asie du Sud-Est, après l’abolition de l’esclavage dans l’Empire britannique en 1834. L’île en a reçu près d’un demi-million. Les vestiges du dépôt rappellent ainsi un système de migration de travail organisé à l’échelle du monde, que la suite de cet article détaille.

Le paysage culturel du Morne, inscrit le 8 juillet 2008, répond à ce récit par un autre : la montagne du Morne Brabant a servi de refuge fortifié à des esclaves en fuite, que l’on appelle des marrons. L’UNESCO le décrit comme un témoignage exceptionnel de la résistance à l’esclavage et comme un symbole de la lutte pour la liberté.

Ces deux lieux disent la même chose : l’île est un carrefour, où l’Afrique, Madagascar, l’Inde et l’Asie du Sud-Est se sont rencontrés dans la douleur, puis dans la création d’une culture créole. Pour un couple, c’est une manière de donner de la profondeur au voyage. On y vient sans hâte, en lisant les panneaux d’information et en laissant de la place au silence, car ces deux sites sont des lieux de mémoire avant d’être des lieux de visite, et la meilleure façon de les honorer est de les parcourir sans bruit, à l’écart des gestes de touriste pressé.

Pour lire l’Aapravasi Ghat, il faut revenir à 1834, date de l’abolition de l’esclavage dans l’Empire britannique. Selon l’UNESCO, le gouvernement britannique lance alors ce qu’il appelle la « Grande Expérience » : démontrer la supériorité du travail libre sur le travail servile dans ses colonies de plantation. À Maurice, l’expérience repose sur des travailleurs sous contrat employés dans les domaines sucriers de l’île.

L’UNESCO précise que le succès mauricien de cette expérience a conduit d’autres puissances coloniales à l’adopter à partir des années 1840, et à une migration mondiale de plus de deux millions de travailleurs sous contrat. Maurice en a reçu près d’un demi-million, selon la même fiche. Un couple qui se promène aujourd’hui dans le dépôt de Port-Louis marche donc sur un site qui a compté à l’échelle de la planète.

Le Morne, une montagne-refuge

Le paysage culturel du Morne offre le pendant de cette histoire. La montagne est décrite par l’UNESCO comme une forteresse naturelle où des esclaves en fuite se sont abrités, avec des preuves matérielles et orales de cet usage. Le texte du classement insiste aussi sur la mémoire : les traditions orales des marrons se sont transmises au point que la montagne est devenue un symbole, qui parle aux pays d’origine des esclaves, l’Afrique continentale, Madagascar, l’Inde et l’Asie du Sud-Est, et qui est porté par les Créoles de Maurice.

Le Morne Brabant, montagne couverte de végétation, vue depuis l'océan
Le Morne Brabant vu depuis l'océan. Benoît Prieur, 2 mars 2020. CC0, via Wikimedia Commons.

Que retenir de ces deux sites pour un voyage de noces ? Ils font de l’île un lieu où l’on apprend, et pas seulement où l’on se repose. Les lire ensemble, c’est comprendre que le paysage de carte postale et l’histoire de la contrainte appartiennent à la même île. Pour un séjour plus tourné vers le repos, on peut comparer avec les Seychelles.

Pamplemousses, le jardin de Pierre Poivre

Au nord de Port-Louis, le jardin botanique de Pamplemousses, aujourd’hui Sir Seewoosagur Ramgoolam Botanic Garden, du nom du père de l’indépendance, prolonge cette histoire par les plantes. Selon le site officiel du jardin, il naît en 1735 d’un potager créé par Mahé de La Bourdonnais sur le domaine de Mon Plaisir, pour nourrir sa maison, Port-Louis et les navires en escale. C’est Pierre Poivre, intendant de l’île à partir de 1767, qui en fait une pépinière d’acclimatation où sont introduits des girofliers, des muscadiers et nombre d’espèces venues d’autres régions.

On y vient aujourd’hui pour le grand bassin de nénuphars géants Victoria amazonica et pour des tortues d’Aldabra. Pour un couple, c’est une promenade de fin de matinée, à l’ombre, qui change des plages. Selon des sites d’histoire locale, c’est aussi à Pamplemousses que le prince Alfred, duc d’Édimbourg, aurait posé en 1870 la première pierre de l’observatoire royal qui porte son nom : une anecdote à citer avec cette réserve, puisque nous ne l’avons pas recoupée.

Quand partir : saisons et cyclones

Selon l’office du tourisme de l’île Maurice, l’année se partage en deux saisons. De novembre à avril, la saison chaude et humide apporte des journées de 27 à 33 degrés environ et des pluies tropicales plus fréquentes, surtout sur les hauteurs ; le lagon avoisine alors 27 degrés. De mai à octobre, la saison fraîche et sèche, sous l’influence des alizés, donne des températures d’environ 20 à 25 degrés selon les régions et l’altitude, avec une mer autour de 21 ou 22 degrés.

Le point qui pèse le plus lourd dans le choix des dates est le risque de cyclone. La saison cyclonique officielle court du 1er novembre au 15 mai, avec un risque plus marqué de janvier à mars. À la différence des Seychelles, situées hors de la principale ceinture cyclonique, Maurice demande donc de regarder le calendrier de près. Ces repères restent généraux : on les confirmera auprès d’un organisateur et des services météorologiques mauriciens avant de réserver.

Un voyage de noces dans l’esprit d’une princesse

Qu’est-ce qu’un voyage « dans l’esprit d’une princesse » ? Pas une débauche de luxe, mais une manière de voyager avec la même curiosité que les souveraines d’hier. Il s’agit de préférer le patrimoine, la nature et les rencontres à la seule plage, comme le fait un voyageur curieux de l’histoire des lieux.

À Maurice, ce parti pris donne un séjour en trois mouvements :

  • le patrimoine à Port-Louis, avec l’Aapravasi Ghat et le marché ;
  • la nature, avec le jardin botanique de Pamplemousses et ses nénuphars géants ;
  • la côte, pour le lagon et le calme, où se trouvent la plupart des hôtels de charme.

Un itinéraire en trois mouvements

Premier mouvement, quelques jours à Port-Louis et dans le nord : on y lit l’histoire, on s’arrête à l’Aapravasi Ghat, on prolonge par Pamplemousses. Deuxième mouvement, une escapade vers la montagne du Morne, à aborder avec retenue, de préférence avec un guide qui connaît la mémoire du lieu. Troisième mouvement, plusieurs jours de repos au bord du lagon, sans programme, pour laisser retomber ce que l’on a appris. Cette progression a un avantage : le repos vient récompenser la curiosité, et non l’inverse.

Conseils pratiques, sans prix ni promesse

Les conseils qui suivent sont d’ordre général et ne remplacent pas un renseignement auprès d’un organisateur :

  • prévoir quelques jours pour la culture et quelques jours pour le repos, plutôt que de tout mélanger ;
  • choisir un hébergement qui permet de se sentir isolé sans l’être de tout ;
  • se renseigner sur les saisons, car le climat varie d’une côte à l’autre ;
  • respecter les lieux de mémoire comme Le Morne, où l’on se déplace avec retenue.

Pour un récit comparable, centré cette fois sur un vrai séjour princier, voyez l’article sur les Maldives, étape voisine de la tournée de 1972 de la reine.

Le dodo, mémoire d’une île

Impossible de parler de Maurice sans évoquer le dodo, oiseau terrestre endémique, éteint à la fin du XVIIe siècle. Le gouvernement mauricien retient 1681 comme année de l’abattage du dernier individu connu. Le dodo, figure de la fragilité des îles, est devenu l’un des symboles du pays, et il rappelle que la beauté d’une île se paie parfois d’une disparition. Sa disparition suit de peu l’arrivée des Néerlandais en 1598 : à peine plus d’un siècle sépare le nom donné à l’île de l’abattage du dernier individu connu. Les voyageurs d’aujourd’hui le retrouvent partout, des boutiques aux armoiries, mais aucun spécimen vivant n’a été observé depuis cette fin du XVIIe siècle.

Où Maurice se place dans l’histoire des lunes de miel

Les princes ont longtemps voyagé à bord de yachts royaux. Le Britannia, qui amène Élisabeth II à Maurice en 1972, est le même navire que celui des croisières de noces de la princesse Margaret en 1960 et de Charles et Diana en 1981. Pour retrouver le fil des lunes de miel princières, de Victoria à Windsor en 1840 jusqu’à Kate et William en 2011, rendez-vous sur la page de la rubrique des voyages de noces royaux.

Le parcours est bien documenté : trois jours à Windsor pour Victoria et Albert en 1840, Broadlands puis Birkhall pour Élisabeth et Philip en 1947, six semaines de Caraïbes pour la princesse Margaret en 1960, la Barbade puis les Galápagos pour Anne en 1973, la Méditerranée et la mer Rouge pour Charles et Diana en 1981, dix jours à North Island pour Kate et William en 2011. Aucune de ces étapes ne passe par Maurice.

Maurice n’y figure pas parmi les destinations de noces royales. Elle y figure autrement, comme étape d’un souverain, et c’est précisément ce qui la rend intéressante pour un voyage qui veut ressembler à une page d’histoire plutôt qu’à une brochure.

En résumé

Maurice n’a pas de lune de miel royale, et nous le disons. Elle a mieux à offrir à un couple curieux : une visite de la reine en 1972, un dépôt d’immigration devenu patrimoine mondial, une montagne devenue symbole de la liberté. C’est un voyage de noces qui, de retour à la maison, laisse davantage à raconter que des photographies de plage. Il demande seulement d’accepter deux choses : que l’île soit d’abord un lieu d’histoire avant d’être un décor, et que le luxe y soit celui du temps, de la lumière du lagon et de l’attention portée aux autres. Voilà, en définitive, ce qu’une princesse curieuse aurait pu y chercher.

Questions fréquentes

Un couple royal a-t-il passé sa lune de miel à l'île Maurice ?

Aucun voyage de noces royal ou princier à Maurice n'est documenté dans les sources consultées. Les liens royaux de l'île sont des visites officielles, comme celle d'Élisabeth II du 24 au 26 mars 1972.

Quand Élisabeth II est-elle venue à l'île Maurice ?

Du 24 au 26 mars 1972, avec le prince Philip, à bord du yacht royal Britannia. Le programme comprenait un accueil à Port-Louis et l'ouverture du Parlement. Les Archives nationales britanniques conservent la trace de cette visite.

Quels sites de l'île Maurice sont classés à l'UNESCO ?

Deux : l'Aapravasi Ghat, à Port-Louis, inscrit en 2006, et le paysage culturel du Morne Brabant, inscrit en 2008. Le premier évoque l'immigration de travailleurs sous contrat, le second la résistance des esclaves en fuite.

L'île Maurice est-elle dans l'océan Indien ?

Oui, dans l'archipel des Mascareignes. Indépendante du Royaume-Uni depuis le 12 mars 1968, elle est une république depuis le 12 mars 1992, et sa capitale est Port-Louis.

Que reste-t-il du dodo ?

L'oiseau, endémique de l'île, s'est éteint à la fin du XVIIe siècle. Le gouvernement mauricien retient l'année 1681 pour le dernier individu tué. Il est devenu l'un des emblèmes du pays.