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Mariage Princesse

Habsbourg, Espagne, Scandinavie, Benelux : noces des cours

Des Habsbourg qui font la paix par le mariage aux cours d'Espagne, de Scandinavie et du Benelux : cérémonies, robes, diadèmes et ce qu'il en reste.

Mariée en robe de style XIXe siècle, couronne de fleurs d'oranger, dans une église baroque viennoise aux stucs dorés

Les noces des cours d’Europe se lisent comme deux histoires qui se répondent. La première est celle des Habsbourg, qui ont transformé le mariage en instrument de gouvernement : Marie de Bourgogne en 1477, puis Sissi en 1854. La seconde est celle des maisons d’Espagne, de Scandinavie et du Benelux, où le mariage est devenu, de 1999 à 2010, une cérémonie nationale. Les deux partagent un même vocabulaire : église ou cathédrale, robe, diadème prêté, voile transmis. Cette page suit le fil, de Gand à Stockholm.

Les Habsbourg et l’art de marier

Une devise plus qu’une doctrine

On résume souvent la politique des Habsbourg par une phrase latine : « Bella gerant alii, tu felix Austria nube », soit « Que les autres fassent la guerre ; toi, heureuse Autriche, marie-toi ». C’est une devise traditionnelle de la maison, d’origine et d’auteur incertains : on lui prête parfois un parrain hongrois, sans preuve. Elle vaut moins comme document que comme raccourci. Elle dit qu’une dynastie peut gagner par la chambre nuptiale ce que d’autres cherchent sur le champ de bataille. Le Moyen Âge en offre déjà l’exemple avec Aliénor d’Aquitaine, mariée à Louis VII en 1137 puis à Henri Plantagenêt en 1152.

Gand, 19 août 1477 : Marie de Bourgogne et Maximilien

L’exemple le plus net est le mariage de Marie de Bourgogne et de Maximilien d’Autriche, célébré à Gand le 19 août 1477. Elle a 20 ans, lui 18. L’union rattache les Pays-Bas bourguignons aux Habsbourg et ouvre deux siècles de rivalité entre la France et la maison d’Autriche. Pour la jeune héritière, le mariage est d’abord une affaire d’État.

Le bonheur dura peu. Marie meurt le 27 mars 1482, à 25 ans, au château de Wijnendale, en Flandre, et elle est inhumée en l’église Notre-Dame de Bruges. Une légende voudrait que Maximilien lui ait offert la « première bague de fiançailles en diamant de l’histoire ». Aucune source solide ne l’établit : nous ne la reprenons pas. Ce qui reste certain, c’est la conséquence territoriale de ces noces, qui pèse sur l’Europe pendant des générations.

Vienne, 24 avril 1854 : Sissi épouse François-Joseph

Quatre siècles plus tard, les Habsbourg règnent sur Vienne et le mariage impérial prend une autre couleur. Élisabeth de Wittelsbach, née à Munich le 24 décembre 1837, a 16 ans quand elle épouse l’empereur François-Joseph à l’église des Augustins, le 24 avril 1854. Le portail d’histoire habsbourgeoise habsburger.net consacre un chapitre entier à ces noces et à l’été 1853 à Bad Ischl, où elle n’avait pas encore seize ans.

La cérémonie est célébrée devant plus de soixante-dix évêques et prélats, selon les sources secondaires en allemand. L’officiant est Joseph Othmar von Rauscher, prince-archevêque de Vienne. Il n’est pas encore cardinal : il le devient en 1855. Son long sermon lui aurait valu le surnom de « Cardinal Plauscher », le bavard, d’après une source de synthèse qu’il faut citer avec prudence.

La robe est décrite, par la même source, comme blanche et argent, semée de fleurs de myrte, avec une longue traîne. Aucun texte consulté ne nomme le couturier : nous ne l’inventons pas. Sur la tête, elle porte, toujours selon cette source, une couronne d’opales et de diamants. Les célèbres étoiles de diamants dans ses cheveux appartiennent au portrait de Winterhalter de 1865, onze ans après le mariage, et non à la cérémonie.

Après les fêtes, le couple séjourne au château de Laxenburg, près de Vienne, comme le raconte habsburger.net. Ce début heureux contraste avec la suite. Sissi est assassinée à Genève le 10 septembre 1898 par un anarchiste. François-Joseph, empereur de 1848 à 1916, lui survit dix-huit ans.

Le récit détaillé du mariage se trouve dans notre article sur Sissi et François-Joseph.

L’Espagne : de la bombe de 1906 aux noces de 2004

Madrid, 31 mai 1906 : un mariage qui tourne à l’attentat

Le 31 mai 1906, Alphonse XIII d’Espagne épouse Victoria-Eugénie de Battenberg en l’église San Jerónimo el Real, à Madrid. D’après les sources secondaires, l’officiant est le cardinal Ciriaco Sancha y Hervás, archevêque de Tolède ; ce point mérite une vérification dans la presse de l’époque. Au retour vers le Palais royal, devant le numéro 88 de la calle Mayor, l’anarchiste Mateo Morral jette depuis un balcon une bombe dissimulée dans un bouquet. Les souverains sont indemnes.

Le bilan est lourd : la Ville de Madrid parle de vingt-trois morts et d’une centaine de blessés. D’autres sources avancent vingt-quatre morts, voire davantage : nous écrivons donc « au moins vingt-trois ». Les récits évoquent aussi un diadème de fleurs de lis, que la reine aurait porté pour la première fois ce jour-là, d’après des sources secondaires, qui nomment le joaillier Ansorena. Ce détail reste à confirmer.

Madrid, 22 mai 2004 : Letizia Ortiz et Felipe

Le 22 mai 2004, à la cathédrale Santa María la Real de la Almudena, le prince des Asturies, Felipe, épouse la journaliste Letizia Ortiz. Les fiançailles avaient été annoncées le 1er novembre 2003, selon la maison royale d’Espagne. La cérémonie est célébrée par Antonio María Rouco Varela, archevêque de Madrid.

Le contexte est lourd. Le mariage a lieu moins de trois mois après les attentats du 11 mars 2004 à Madrid. Selon RTVE, 18 000 agents assurent la sécurité, et environ 1 200 invités, représentant plus de trente maisons royales, sont attendus. Une pluie intense pousse la mariée à rejoindre l’Almudena en voiture, au lieu du trajet à pied prévu entre le Palais royal et la cathédrale. Après la cérémonie, le couple dépose des fleurs à la basilique d’Atocha et au Bosque del Recuerdo.

La robe est signée Manuel Pertegaz, selon El País : col en V, coupe princesse, traîne de 4,5 mètres. Le diadème est celui que l’on dit prussien, en platine et brillants de style Empire, propriété de la reine Sofía. Sofía l’avait elle-même porté à son mariage à Athènes en 1962 ; avant elle, la princesse Viktoria Luise de Prusse l’avait porté pour ses noces en 1913. On en reparle dans notre dossier sur les diadèmes de mariage royaux.

La lune de miel commence par Cuenca, puis Albarracín, Saragosse et Saint-Sébastien, avant un voyage en Jordanie, où le couple assiste au mariage du prince héritier Hamzah. Felipe VI est proclamé roi le 19 juin 2014 ; Letizia devient reine. Tous les détails sont dans notre article sur Letizia Ortiz et Felipe.

Scandinavie : le Danemark et la Suède

Copenhague, 14 mai 2004 : Mary Donaldson et Frederik

Le vendredi 14 mai 2004, à 16 h, Mary Donaldson épouse le prince héritier Frederik à la cathédrale Notre-Dame de Copenhague. Le site de la maison royale du Danemark indique que la cérémonie est célébrée par l’évêque de Copenhague, Erik Norman Svendsen. Le dîner de noces a lieu à 20 h au château de Fredensborg.

Le couple s’est rencontré au Slip Inn, un bar de Sydney, pendant les Jeux olympiques de septembre 2000. Mary ignorait alors que « Fred » était l’héritier du trône danois. Selon The Court Jeweller, la robe est l’œuvre du créateur danois Uffe Frank, en satin ivoire et organza avec une dentelle irlandaise ancienne. Le voile en dentelle irlandaise appartient à la famille royale : il fut d’abord porté par la princesse héritière Margareta de Suède, mariée en 1905. Mary est la première mariée non née dans une famille royale à le porter, selon ces mêmes sources.

Le diadème de diamants est présenté comme un cadeau de la reine Margrethe II et du prince Henrik. Son joaillier n’est pas identifié publiquement. Il ne faut pas le confondre avec la parure de rubis, associée aux galas qui précèdent le mariage. Margrethe II abdique le 14 janvier 2024 ; Frederik devient roi, Mary reine. Retrouvez le récit complet dans notre article sur Mary et Frederik.

Stockholm, 19 juin 2010 : Victoria et Daniel

Le samedi 19 juin 2010, la princesse héritière Victoria de Suède épouse Daniel Westling à Storkyrkan, la cathédrale de Stockholm. La cérémonie débute à 15 h 30. La cour de Suède précise l’officiant : l’archevêque d’Uppsala, Anders Wejryd, assisté de Lars-Göran Lönnermark, de l’évêque Antje Jackelén et du doyen Åke Bonnier. Daniel devient prince Daniel, duc de Västergötland ; le couple s’est rencontré en 2001 et fiancé le 24 février 2009.

La robe est de Pär Engsheden : soie duchesse double face blanc perle, manches courtes, col replié, dos en V à boutons recouverts, traîne d’environ cinq mètres. Le voile est celui de la reine Sofia, en dentelle de Bruxelles, porté à son mariage avec Oscar II en 1857 ; il avait aussi servi à la reine Silvia en 1976, ainsi qu’à Désirée, Margaretha et Christina. Victoria porte un brin de myrte qui ferme le diadème par l’arrière, tradition que la cour fait remonter à la princesse héritière Margareta.

Le diadème est le Camée, en or, perles et sept camées, avec au centre Amour et Psyché. Il fut porté par Birgitta en 1961, Désirée en 1964, Silvia le 19 juin 1976, et Victoria en 2010. Son origine est présentée comme très probable, pas certaine : Napoléon l’aurait offert à Joséphine en 1809, fabriqué chez Nitot à Paris. Il passe ensuite à Joséphine de Leuchtenberg, qui épouse le futur Oscar Ier le 19 juin 1823. L’article dédié raconte la journée : Victoria de Suède et Daniel Westling.

Benelux : les Pays-Bas et la Belgique

Amsterdam, 2 février 2002 : Máxima et Willem-Alexander

Le samedi 2 février 2002, Máxima Zorreguieta épouse le prince d’Orange, Willem-Alexander. Le site de la maison royale néerlandaise décrit un double rite : mariage civil à la Beurs van Berlage, célébré par le bourgmestre d’Amsterdam Job Cohen, puis cérémonie religieuse à la Nieuwe Kerk avec le pasteur Carel ter Linden.

La robe est une création de Valentino Couture : mikado de soie ivoire, col bénitier, manches trois-quarts, traîne de cinq mètres, voile en tulle de soie point d’esprit brodé de fleurs. Les alliances sont des anneaux de platine faits main, remis par le frère de la mariée, Juan Zorreguieta. Le diadème, selon The Court Jeweller, associe des festons de diamants du Pearl Button Tiara à cinq étoiles de diamants du fonds familial. Ce n’est pas le Stuart Tiara, malgré une confusion fréquente.

Bruxelles, 4 décembre 1999 : Mathilde et Philippe

À Bruxelles, le 4 décembre 1999, Mathilde d’Udekem d’Acoz épouse le prince Philippe : mariage civil à l’hôtel de ville, mariage religieux en la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule. Son nom est bien d’Udekem d’Acoz, et non « d’Huart », erreur que l’on rencontre encore. Sa robe est signée Édouard Vermeulen, de la maison Natan. D’après The Court Jeweller, elle porte un bandeau Art déco en diamants de la reine Élisabeth, prêté par la reine Paola.

Sept noces en un coup d’œil

Le tableau ci-dessous réunit les noces détaillées plus haut. Là où une source ne se prononce pas, la cellule le dit.

Année Époux Lieu Robe, créateur Diadème
1854 Sissi et François-Joseph Église des Augustins, Vienne Blanc et argent, fleurs de myrte ; créateur non établi Couronne d’opales et de diamants, selon une source de synthèse
1906 Victoria-Eugénie et Alphonse XIII San Jerónimo el Real, Madrid Dentelle brodée de lis (source secondaire) Diadème de fleurs de lis (Ansorena selon les sources secondaires)
1999 Mathilde et Philippe Saints-Michel-et-Gudule, Bruxelles Édouard Vermeulen (Natan) Bandeau Art déco de la reine Élisabeth, prêté par Paola
2002 Máxima et Willem-Alexander Nieuwe Kerk, Amsterdam Valentino Couture Base du Pearl Button Tiara, cinq étoiles de diamants
2004 Letizia et Felipe Almudena, Madrid Manuel Pertegaz Diadème dit prussien de la reine Sofía
2004 Mary et Frederik Notre-Dame, Copenhague Uffe Frank (source secondaire) Diadème offert par Margrethe II et Henrik
2010 Victoria et Daniel Storkyrkan, Stockholm Pär Engsheden Diadème Camée, probablement de 1809

Ce qui revient d’une cour à l’autre

Plusieurs motifs traversent ces noces :

  • le diadème hérité ou prêté, plutôt que créé pour l’occasion : le prussien à Madrid, le Camée à Stockholm, le bandeau d’Élisabeth à Bruxelles ;
  • le voile qui voyage de génération en génération : dentelle de Bruxelles de la reine Sofia en Suède, dentelle irlandaise au Danemark ;
  • le couple d’officiants, civil puis religieux, dans les pays où l’État sépare les deux actes ;
  • l’accueil dans une cathédrale nationale, qui fait de la cérémonie un événement public.

Ces usages ne sont pas universels. Dans le monde britannique, Victoria a porté en 1840 des fleurs d’oranger plutôt qu’un diadème. Pour comparer ces objets d’une cour à l’autre, notre page sur les robes, diadèmes et voiles des mariées royales rassemble les codes et les symboles.

Ce que l’on ne sait pas

Les sources officielles sont précises sur la liturgie, la robe et le diadème. Elles se taisent sur d’autres points, que nous laissons vides plutôt que de les remplir avec des rumeurs :

  • le couturier de Sissi ;
  • le joaillier du diadème de Mary ;
  • les voyages de noces de Mary, de Máxima et de Victoria, que les cours ne publient pas.

Cette retenue est une règle de ce site : une anecdote qui ne remonte à aucune source n’entre pas dans la page.

Ce que ces mariages disent de leur époque

Chaque mariage est un document politique. En 1477, la dot de Marie de Bourgogne redessine la carte de l’Europe du Nord-Ouest. En 1854, l’union de François-Joseph et de Sissi donne à la monarchie viennoise un visage jeune, à l’église des Augustins. En 1906, l’attentat de la calle Mayor rappelle que la rue est un risque. En 2004, à Madrid comme à Copenhague, c’est une génération nouvelle qui ouvre les cours à des épouses nées hors des familles royales : Mary Donaldson, par exemple, a rencontré Frederik dans un bar de Sydney.

On notera enfin une inversion. Les Habsbourg mariaient pour gouverner. Les cours contemporaines marient pour représenter : la couronne y est portée par des couples qui incarnent des monarchies parlementaires. Le fil reste pourtant le même, celui d’une cérémonie qui raconte un pays à travers deux personnes. Pour replacer ces noces dans la durée, de 1745 à 2018, la page d’ensemble sur les grands mariages princiers d’Europe propose la frise chronologique complète.

Bibliographie

  • Habsburger.net, « Elisabeth and Franz Joseph: wedding and marriage », portail de l'histoire des Habsbourg (habsburger.net).
  • Habsburger.net, « Tender shoots of love: the imperial honeymoon in Laxenburg » (habsburger.net).
  • Cour de Suède (kungahuset.se), « Kronprinsessparets bröllop », 19 juin 2010, et page « Bruden ».
  • Maison royale du Danemark (kongehuset.dk), « Kronprinsparrets bryllup », 14 mai 2004.
  • Maison royale des Pays-Bas (royal-house.nl), « Royal wedding », mariage du 2 février 2002.
  • Maison royale d'Espagne (casareal.es), biographie de S.M. le roi Felipe VI.
  • El País, « Letizia lució un vestido de Manuel Pertegaz », 23 mai 2004.
  • Ville de Madrid, fiche « Atentado de la boda real de Alfonso XIII » (patrimonioypaisaje.madrid.es).

Questions fréquentes

Que veut dire « Tu felix Austria nube » ?

La formule signifie « Toi, heureuse Autriche, marie-toi ». Elle complète « Bella gerant alii » (« Que les autres fassent la guerre »). C'est une devise traditionnelle des Habsbourg, dont l'auteur et la date restent incertains : on la cite comme un résumé de leur politique d'alliances, pas comme un texte daté.

Pourquoi le mariage de Marie de Bourgogne et de Maximilien compte-t-il autant ?

Célébré à Gand le 19 août 1477, il rattache les Pays-Bas bourguignons aux Habsbourg. Il ouvre aussi deux siècles de rivalité entre la France et la maison d'Autriche. Marie meurt en 1482, à 25 ans, mais l'héritage bourguignon reste dans la famille.

Quelle robe Letizia Ortiz portait-elle en 2004 ?

Le 22 mai 2004, à la cathédrale de l'Almudena à Madrid, Letizia Ortiz portait une robe de Manuel Pertegaz, au col en V, de coupe princesse, avec une traîne de 4,5 mètres, selon El País. Elle portait aussi le diadème dit prussien, qui appartient à la reine Sofía.

Que sait-on du diadème de Victoria de Suède en 2010 ?

C'est le diadème Camée, en or, perles et camées. Avant Victoria, la princesse Birgitta (1961), la princesse Désirée (1964) et la reine Silvia (1976) l'ont porté pour se marier. La cour de Suède indique qu'il fut très probablement offert par Napoléon à Joséphine en 1809. Ce « très probablement » est la formule de la source officielle.

Les noces princières d'Europe suivent-elles toujours les mêmes codes ?

Non. Le diadème prêté par la famille, le voile transmis, la double cérémonie civile et religieuse reviennent souvent. Chaque cour garde pourtant ses usages : mariage civil distinct de la cérémonie religieuse aux Pays-Bas et en Belgique, cathédrale nationale à Madrid, à Copenhague et à Stockholm.

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