Le jeudi 20 novembre 1947, la princesse Élisabeth, héritière du trône, épouse le prince Philip Mountbatten à l’abbaye de Westminster, devant 2 000 invités. Le pays sort de la guerre, les vêtements sont rationnés, et la robe de la mariée doit être payée en coupons. Le mariage est pourtant un événement national, suivi à la radio par une audience que le site de la monarchie britannique estime à 200 millions de personnes. Ce récit retrace la préparation, la tenue, les bijoux, la cérémonie et le voyage de noces, avant de rappeler ce qu’est devenu le couple.
Les faits qui suivent proviennent surtout de la liste officielle de « 70 faits » publiée par la maison royale pour le soixante-dixième anniversaire du mariage, complétée par la notice que l’abbaye de Westminster consacre à Élisabeth II et par la BBC. Les points sur lesquels les sources divergent sont signalés.
Un mariage après la guerre
Des fiançailles annoncées en juillet 1947
Élisabeth et Philip se sont rencontrés en 1934, au mariage de la princesse Marina de Grèce avec le duc de Kent, rappelle le site de la monarchie. Les fiançailles sont annoncées officiellement le 9 juillet 1947, quatre mois avant la noce. Elles surviennent dans un pays encore marqué par les privations, comme le montre l’histoire de la robe.
Philip est né prince de Grèce et de Danemark. Il s’engage dans la Royal Navy en 1939 et devient sujet britannique naturalisé en février 1947 ; la BBC précise qu’il doit choisir un nom de famille pour poursuivre sa carrière dans la marine et adopte celui de ses parents britanniques maternels, Mountbatten. Avant la cérémonie, il reçoit les titres de duc d’Édimbourg, de comte de Merioneth et de baron Greenwich. Selon le site royal.uk, cette création précède le mariage ; la BBC écrit « à l’occasion du mariage » et certains ouvrages la placent le matin même. Nous retenons seulement qu’elle a lieu avant la cérémonie.
Un lieu chargé d’histoire familiale
Le lieu choisi est l’abbaye de Westminster, où le premier mariage royal avait été célébré le 11 novembre 1100, celui d’Henri Ier et de Mathilde d’Écosse. Élisabeth est la dixième membre de la famille royale à s’y marier, et ses parents y ont échangé leurs vœux le 26 avril 1923. Pour des raisons d’austérité, après des années de guerre, très peu de places supplémentaires sont installées, rapporte l’abbaye : environ 2 000 invités assistent à la cérémonie.
Ce cadre sera celui d’autres noces royales ; l’héritier du trône, lui, choisira Saint-Paul, comme le raconte le mariage de Diana en 1981.
La robe de Norman Hartnell et les coupons de rationnement
Un dessin retenu en août
La robe est l’œuvre de Norman Hartnell. Le couturier s’inspire de la Primavera de Botticelli, tableau de la Renaissance florentine, et son dessin est retenu à la mi-août, moins de trois mois avant la noce. La pièce se compose de plusieurs éléments, que la maison royale détaille.
- Étoffe : du satin duchesse, commandé à Winterthur, près de Dunfermline, en Écosse.
- Ornements : des appliqués de satin produits à Lullingstone Castle, dans le Kent, et tissés par Warner & Sons.
- Broderie : des cristaux et 10 000 perles de rocaille importées des États-Unis.
- Traîne : de tulle de soie, longue de 15 pieds, soit un peu plus de quatre mètres et demi, fixée aux épaules.
La coupe, selon la maison royale, est simple : corsage ajusté, encolure en cœur, taille basse en pointe et jupe longue à panneaux. Les souliers à talons, en satin duchesse ivoire, sont signés Edward Rayne. Pour la sortie, Élisabeth porte une robe et un manteau d’un bleu pâle, dit « mist-blue », eux aussi dessinés par Hartnell.
Les coupons de rationnement
C’est l’anecdote la plus connue de la noce. Au Royaume-Uni, les vêtements sont encore rationnés ; Élisabeth doit donc, comme n’importe quelle cliente, employer des coupons pour payer sa robe. Des centaines de personnes lui envoient les leurs, par solidarité. Ils sont renvoyés, car leur usage aurait été illégal. Le nombre exact de coupons n’est pas établi.
Ce détail éclaire l’esprit du mariage : une princesse soumise aux mêmes règles que ses sujets, dans un pays qui a besoin de croire à une fête commune. Il permet aussi de comprendre pourquoi les ornements viennent de si loin, jusqu’aux perles importées des États-Unis.
Diadème brisé, perles et alliance d’or gallois
La mariée porte un diadème à frange de diamants, prêté à Élisabeth. Les sources royales rapportent un incident : la monture se brise pendant la mise en place, le jour même, et doit être réparée en urgence. Le fait est vérifié, mais l’auteur du geste n’est pas établi, et nous ne le précisons donc pas.

D’après le registre de la maison Garrard retrouvé à la date du 3 novembre 1919, la pièce a été commandée par la reine Mary. Elle comprend 633 brillants et 271 roses, repris d’un diadème, d’un bracelet et d’un monogramme de la reine, dans une monture de style russe (kokochnik) à cadre réglable. La frange peut aussi se porter en collier. C’est le Queen Mary’s Fringe Tiara, qui servira ensuite à la princesse Anne en novembre 1973, puis à Béatrice d’York en juillet 2020. Pour comparer ce diadème à d’autres bijoux de mariage, vous pouvez lire notre dossier sur les diadèmes de mariage royaux, où figurent aussi ceux de Diana et de Kate.
Les colliers, la bague et l’alliance
Deux colliers de perles complètent la parure : le « Queen Anne » et le « Queen Caroline », légués à la Couronne par Victoria et offerts par George VI. La bague de fiançailles, en platine et diamants, a été réalisée par Philip Antrobus avec les diamants d’un diadème de la mère de Philip, la princesse Alice de Battenberg. C’est donc un bijou de famille, refait pour l’occasion.
L’alliance est taillée dans une pépite d’or gallois de la mine Clogau St David’s, près de Dolgellau, selon le site royal.uk ; l’abbaye ajoute que cette pépite avait été donnée à la mère de la mariée pour sa propre alliance. La tradition de l’or gallois, qui accompagnera ensuite plusieurs mariées royales, commence donc dans cette même famille.
Orchidées et myrte
Le bouquet, lui, est fait d’orchidées blanches et d’une branche de myrte, issue d’un arbuste d’Osborne House. Le lendemain, il est envoyé à l’abbaye et déposé sur la tombe du Soldat inconnu. L’histoire de ce myrte, planté à partir d’un brin offert à Victoria, est racontée dans notre article sur le voile, le myrte et le bouquet.
Le cortège et les demoiselles d’honneur
Élisabeth se rend à l’abbaye avec son père, George VI, dans l’Irish State Coach. Les cloches de l’église voisine Sainte-Marguerite saluent l’arrivée du cortège, d’après l’abbaye. Philip, lui, est déjà entré discrètement, par la porte de Poets’ Corner, avec son témoin ; il porte l’uniforme de la marine.
Huit demoiselles d’honneur entourent la mariée, dont sa sœur la princesse Margaret et la princesse Alexandra de Kent. Les pages sont William de Gloucester et Michael de Kent. Le témoin de Philip est David Mountbatten, marquis de Milford Haven.
| Fonction | Personne |
|---|---|
| Mariée | La princesse Élisabeth |
| Marié | Philip Mountbatten, duc d’Édimbourg |
| Père de la mariée | George VI |
| Témoin | David Mountbatten, marquis de Milford Haven |
| Demoiselles d’honneur | Huit, dont Margaret et Alexandra de Kent |
| Pages | William de Gloucester et Michael de Kent |
Parmi les têtes couronnées étrangères, la maison royale cite le roi d’Irak, la princesse Juliana et le prince Bernhard des Pays-Bas, ainsi que le grand-duc héritier de Luxembourg et la princesse Élisabeth. Le Premier ministre Clement Attlee et d’autres responsables politiques, dont Winston Churchill, prennent place dans les stalles du chœur, d’après l’abbaye.
La cérémonie, la musique et les officiants
Qui a célébré le mariage ?
Les sources divergent sur l’heure et sur le détail des rôles. La maison royale place la cérémonie à 10 h 30 ; l’abbaye parle d’un début à 11 h 30. Pour les officiants, le site royal.uk écrit que la cérémonie a été célébrée par l’archevêque de Canterbury, Geoffrey Fisher, et par l’archevêque d’York, Cyril Garbett. La notice de l’abbaye est plus précise : le doyen de Westminster, Alan Don, lit les premières phrases du rituel de 1662, puis Fisher, avec l’accord du doyen, conduit la suite de la cérémonie, et Garbett prononce l’allocution.

Une partition sobre et britannique
La musique est dirigée par William McKie, organiste de l’abbaye. Le cortège de la mariée entre sur une fanfare composée pour l’occasion par Arnold Bax et sur l’hymne « Praise, my soul, the King of Heaven ». Le psaume 67 est chanté dans une mise en musique de Bairstow, et McKie compose un motet pour la circonstance. L’hymne « The Lord’s my Shepherd » est chanté sur l’air écossais « Crimond », alors presque inconnu dans l’Église d’Angleterre, et l’anthem de Samuel Sebastian Wesley est interprété par quatre-vingt-onze chanteurs, venus de l’abbaye, de la Chapel Royal et de la chapelle Saint-Georges de Windsor. Le couple quitte l’abbaye sur la marche nuptiale de Mendelssohn, après avoir signé le registre dans la chapelle Saint-Édouard.
Le roi George VI autorise seulement le filmage de la procession ; pendant le service, seules les photographies fixes sont permises, d’après l’abbaye. La formulation prudente retenue ici : le mariage a été célébré par l’archevêque de Canterbury Geoffrey Fisher, avec l’archevêque d’York Cyril Garbett (allocution) et le doyen de Westminster Alan Don.
Radio, banquet et balcon
La cérémonie est enregistrée et diffusée par BBC Radio. La maison royale estime l’audience à 200 millions de personnes ; il s’agit d’une estimation officielle. Il ne faut pas parler de télévision en direct : l’écran n’a pas encore l’influence qu’il aura en 1981.
La réception se tient à Buckingham Palace, dans le Ball-Supper Room, sous la forme d’un petit-déjeuner de mariage servi à l’heure du déjeuner. Le menu comprend un filet de sole Mountbatten, un perdreau en casserole et une bombe glacée Princesse Élisabeth. Les cadeaux de table sont de petits bouquets de myrte et de bruyère blanche de Balmoral, et la musique est assurée par l’orchestre à cordes des Grenadier Guards. Le couple paraît au balcon, face à la foule massée dans le Mall.
Un gâteau de neuf pieds et des cadeaux du monde entier
Le couple reçoit onze gâteaux, mais un seul est officiel : un gâteau de fruits à quatre étages, de neuf pieds de haut, cuit par McVitie and Price. Ses ingrédients viennent du monde entier, notamment du sucre offert par les Girl Guides d’Australie, ce qui lui vaut le surnom de « gâteau des 10 000 miles ». Il est découpé avec l’épée Mountbatten du duc, un cadeau du roi.
Les mariés reçoivent plus de 2 500 cadeaux et environ 10 000 télégrammes. Parmi les présents, le site royal.uk cite un morceau de dentelle de coton filé de sa main par Mahatma Gandhi et brodé de l’inscription « Jai Hind » (« Victoire à l’Inde »), mais aussi des cadeaux plus domestiques : une bibliothèque offerte par la reine Mary, un nécessaire de pique-nique de la princesse Margaret, une machine à coudre et un réfrigérateur.
Broadlands, Birkhall : une lune de miel écossaise
Le couple passe sa nuit de noces à Broadlands, dans le Hampshire, domaine de lord Mountbatten, oncle de Philip. Il s’y rend en train depuis Waterloo, en compagnie de la corgi Susan. Il poursuit son séjour à Birkhall, sur le domaine écossais de Balmoral. Le voyage dure environ trois semaines, selon les sources, mais la BBC ne donne pas de total exact en jours.
Pour replacer ce séjour dans l’histoire des voyages princiers, du Windsor de Victoria aux îles de l’océan Indien, consultez notre dossier sur la lune de miel exceptionnelle. Trente-quatre ans plus tard, Charles et Diana choisiront eux aussi Broadlands pour commencer leur voyage de noces.
Ce que sont devenus Élisabeth et Philip
La robe est d’abord exposée au palais St James’s, puis présentée en tournée dans plusieurs villes, dont Glasgow, Liverpool, Bristol, Preston, Leicester, Nottingham, Manchester, Bradford, Leeds et Huddersfield. Élisabeth devient reine le 6 février 1952 et règne jusqu’au 8 septembre 2022, date de sa mort à Balmoral. Philip, son consort, meurt au château de Windsor le 9 avril 2021. Ces dates sont attestées par des sources de référence ; elles ne sont pas contestées.
Le couple célébrera ensuite ses anniversaires de mariage avec la même constance. Les noces d’argent, en 1972, donnent lieu à un service à l’abbaye de Westminster, suivi d’un déjeuner au Guildhall ; en 1997, pour les noces d’or, la reine prononce un discours à la Banqueting House et reçoit une copie identique de son bouquet de mariage. En 2007, elle devient la première souveraine britannique à fêter des noces de diamant, rappelle le site de la monarchie. L’abbaye précise que les noces de platine, en 2017, ont été célébrées en privé à Windsor.
Le mariage de 1947 reste une étape de l’histoire de la monarchie britannique, entre la reine Victoria et les cérémonies plus récentes. Pour remonter plus loin, on peut lire le mariage de Victoria et d’Albert en 1840.
Pour l’ensemble de la période, voyez notre pilier sur les mariages royaux britanniques, qui replace chaque noce dans son contexte.
La maison royale a publié la liste complète de ces faits sur son site : 70 faits sur le mariage de la reine et du duc d’Édimbourg. La notice de l’abbaye de Westminster consacrée à Élisabeth II décrit pour sa part l’ordre du service et la décoration de l’abbaye : Élisabeth II sur le site de l’abbaye de Westminster.
Les erreurs à ne pas reproduire, et les repères
Ce mariage a donné lieu à des récits approximatifs. Quelques mises au point, fondées sur les sources citées plus haut :
- Philip n’a pas été fait duc d’Édimbourg « la veille » : la création précède le mariage (maison royale), accompagne le mariage (BBC) ou date du matin même (sources secondaires), mais aucune source ne dit la veille.
- Le diadème s’est brisé le jour de la noce, mais on ne sait pas qui l’a cassé, et il n’est pas sûr non plus que la réparation ait été faite par Garrard.
- L’audience de 1947 est radiophonique. Parler de 200 millions de téléspectateurs est faux.
- Le véhicule du départ vers la gare n’est pas établi. Seule l’arrivée à l’abbaye dans l’Irish State Coach est confirmée.
- Le nombre de coupons envoyés au palais n’est pas connu, malgré les chiffres qui circulent.
Les mariages suivants de la famille ont, eux aussi, eu pour cadre Westminster : celui de la princesse Margaret avec Antony Armstrong-Jones le 6 mai 1960, puis celui de la princesse Anne avec Mark Phillips le 14 novembre 1973, pour lequel la mariée a de nouveau porté le diadème Fringe. Dans les deux cas, les noms des officiants ne sont attestés que par des ouvrages secondaires. Le mariage de 1947 est resté, des décennies durant, le modèle de la noce royale moderne : un cortège en voitures d’État, un service à l’abbaye, un petit-déjeuner à Buckingham Palace et un voyage discret dans un domaine familial.
Repères en bref :
- Date : jeudi 20 novembre 1947 (10 h 30 selon la maison royale, 11 h 30 selon l’abbaye).
- Lieu : abbaye de Westminster.
- Robe : Norman Hartnell, satin duchesse, traîne de tulle de 15 pieds.
- Diadème : Queen Mary’s Fringe Tiara, monture brisée le jour même.
- Invités : 2 000.
- Audience : 200 millions de personnes à la radio, selon la maison royale.
- Lune de miel : Broadlands, puis Birkhall.
Questions fréquentes
Quand et où Élisabeth et Philip se sont-ils mariés ?
Le mariage a eu lieu le jeudi 20 novembre 1947, à 10 h 30, à l'abbaye de Westminster, à Londres. Élisabeth fut la dixième membre de la famille royale à s'y marier. Ses parents, George VI et la reine Elizabeth, y avaient eux-mêmes été mariés le 26 avril 1923.
Qui a dessiné la robe de mariée d'Élisabeth ?
Norman Hartnell, couturier de la cour. Il s'est inspiré de la Primavera de Botticelli, et le dessin a été retenu à la mi-août, moins de trois mois avant la cérémonie. Le satin duchesse, les appliqués et les perles de rocaille ont tous été réunis dans un contexte de pénurie.
Élisabeth a-t-elle vraiment payé sa robe avec des coupons de rationnement ?
Oui. Comme les autres Britanniques, elle a dû employer des coupons de vêtements. Des centaines de personnes lui ont envoyé les leurs, mais ils ont été renvoyés, car leur usage aurait été illégal.
Quel diadème portait Élisabeth le jour de son mariage ?
Elle portait un diadème à frange de diamants prêté par sa mère, aujourd'hui connu comme le Queen Mary's Fringe Tiara. Sa monture s'est brisée le jour même pendant la mise en place et a été réparée en urgence. L'identité de la personne qui l'a cassé n'est pas établie.
Où Élisabeth et Philip ont-ils passé leur lune de miel ?
Ils ont passé la nuit de noces à Broadlands, dans le Hampshire, domaine de l'oncle de Philip, lord Mountbatten. Ils ont ensuite séjourné à Birkhall, sur le domaine écossais de Balmoral. L'ensemble a duré environ trois semaines, mais la durée exacte n'est pas donnée par les sources.
Pourquoi parle-t-on de 200 millions d'auditeurs et non de téléspectateurs ?
En 1947, la cérémonie a été enregistrée et diffusée à la radio par la BBC. Le site de la monarchie britannique évoque 200 millions de personnes, une estimation officielle. Il ne s'agit pas d'une audience télévisée, à la différence du mariage de 1981.
