Le mariage de Marie-Antoinette d’Autriche et du dauphin Louis, futur Louis XVI, a été célébré le mercredi 16 mai 1770 dans la chapelle royale du château de Versailles, après une cérémonie par procuration tenue à Vienne le 19 avril. Les deux époux avaient 14 et 15 ans. Leur union devait consolider l’alliance entre la France et l’Autriche, scellée en 1756 par le renversement des alliances. Ce récit suit le voyage de la future dauphine, les cérémonies de Versailles et la catastrophe parisienne du 30 mai, puis ce que devinrent les époux.
Une alliance avant d’être un mariage
Le projet naît dans les années 1760. Après des siècles de rivalité entre Bourbons et Habsbourg, la France de Louis XV et l’Autriche de l’impératrice Marie-Thérèse se sont rapprochées en 1756. Marier leurs enfants devait donner à cette alliance un visage personnel et durable. Le dauphin Louis-Auguste, petit-fils du roi, et l’archiduchesse Marie-Antoinette, fille de l’impératrice, sont les protagonistes de cette union politique. Le château de Versailles la date dans sa chronologie des grandes dates comme un événement central du règne de Louis XV.
Les acteurs de cette diplomatie sont connus. Le duc de Choiseul, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, est présenté par le château de Versailles comme l’un des principaux artisans de la réconciliation entre la France et l’Autriche, et donc de ce mariage. Marie-Antoinette, née à Vienne le 2 novembre 1755, est la fille de l’empereur François Ier et de l’impératrice Marie-Thérèse. L’accueil du public français reste pourtant mitigé : le même château rappelle que les Français n’avaient pas oublié leur longue hostilité envers la maison d’Autriche. Dès l’origine, la jeune dauphine porte donc un contrat politique que l’opinion est loin de partager.
Pour le lecteur d’aujourd’hui, l’âge des époux surprend. Il n’a pourtant rien d’exceptionnel dans les maisons régnantes du XVIIIe siècle, où l’on marie les héritiers d’abord pour la diplomatie. Ce que les sources révèlent, c’est la mise en scène minutieuse qui entoure le passage de la jeune archiduchesse d’une cour à l’autre. On retrouve la même logique de passage solennel dans le mariage de Napoléon et de Marie-Louise d’Autriche, quarante ans plus tard, qui voit à son tour une archiduchesse d’Autriche épouser un souverain français.
Les trois étapes d’un mariage royal
Un mariage de cette importance ne se déroule pas en un jour. Celui de 1770 en comporte au moins trois, qu’il ne faut pas confondre.
- 19 avril 1770, Vienne : mariage par procuration, où un représentant tient la place du dauphin ;
- 7 mai 1770, sur le Rhin : remise de la princesse à la délégation française ;
- 16 mai 1770, Versailles : cérémonie religieuse et signature des registres.
La procuration de Vienne
Le 19 avril 1770, à Vienne, Marie-Antoinette est mariée par procuration. La date et le lieu sont confirmés par le château de Versailles. Selon des sources secondaires, dont le site Royal Central, la cérémonie se tient en fin de journée, vers 18 h, dans l’église des Augustins, l’église de la cour, et c’est l’archiduc Ferdinand, frère de la mariée, qui tient la place du dauphin. Ces précisions sont répétées par plusieurs récits, mais elles ne sont pas confirmées par une source primaire que nous ayons pu ouvrir ; nous les donnons donc sous réserve.
La remise sur le Rhin
Le 7 mai 1770, sur l’île aux Épis, sur le Rhin, entre Kehl et Strasbourg, la princesse est remise aux Français. Selon les sources secondaires, la remise se fait entre le comte de Starhemberg, côté autrichien, et le comte de Noailles, côté français. Marie-Antoinette quitte à cette occasion ses vêtements et sa suite autrichiens. Le geste, souvent commenté, symbolise le changement de patrie : celle qui franchit le fleuve ne sera plus une archiduchesse, mais une dauphine de France. La suite du voyage la mène, par Strasbourg et la Lorraine, jusqu’à la lisière de la forêt de Compiègne. Le lendemain, 8 mai, elle fait étape à Saverne, dans le château des Rohan de Saverne, résidence des princes-évêques de Strasbourg.
De Vienne à Compiègne, un voyage cérémoniel
Le voyage commence avant la remise. Selon des sources secondaires qui s’appuient sur la presse viennoise de l’époque, Marie-Antoinette quitte la Hofburg le samedi 21 avril 1770, à 10 h, avec un convoi de 235 personnes jusqu’à Strasbourg. La première nuit se passe à l’abbaye de Melk, où l’attend son frère, l’empereur Joseph II. À Munich, une journée de repos est prévue à la demande de l’électeur Maximilien III Joseph, son cousin. Chaque étape est une réception, chaque ville un cérémonial.
Le 7 mai, à la frontière, un pavillon a été construit sur une île du Rhin pour la remise, avec plusieurs pièces somptueusement tendues de tapisseries. Goethe, présent à Strasbourg, en a laissé un témoignage direct dans ses souvenirs, Poésie et Vérité : il juge malvenu de montrer à une jeune reine, dès son premier pas sur le sol de France, des tapisseries qui racontaient l’histoire de Jason, de Médée et de Créuse, l’une des noces les plus funestes de la mythologie. Le soir même, la princesse entre à Strasbourg, où elle est reçue par Louis de Rohan, puis reprend la route le 8 mai vers Saverne.
Le 14 mai 1770, elle rencontre enfin Louis XV et le dauphin à l’orée de la forêt de Compiègne. Selon des sources secondaires, le roi est venu avec trois de ses quatre filles survivantes, les Mesdames, et la princesse descend de sa voiture sur un tapis cérémoniel avant d’être présentée à la famille royale. Deux jours plus tard, le mariage est célébré à Versailles : la future dauphine n’aura connu son époux que depuis quarante-huit heures.
Le 16 mai 1770 : la cérémonie de Versailles
La cérémonie se tient le mercredi 16 mai 1770 dans la chapelle royale du château de Versailles. Le déroulé le plus sûr est celui du château lui-même : l’archiduchesse arrive vers 10 h, et elle est introduite à 13 h dans le cabinet du roi. Le dauphin porte l’habit de l’ordre du Saint-Esprit, couvert d’or et de diamants.
Les deux époux s’agenouillent. Le prélat qui célèbre la cérémonie est Louis de La Roche-Aymon, archevêque de Reims et grand aumônier de France. Le château indique l’archevêque de Reims, et le nom est confirmé par le titre d’une estampe conservée à la Bibliothèque nationale de France, qui représente la cérémonie « célébrée dans la Chapelle de Versailles, le 16 may 1770 ». Le dauphin passe l’anneau à la dauphine, puis vient la signature des registres. Sur le contrat de mariage, des sources secondaires précisent qu’il est signé le même jour par les époux et la famille royale.
La robe de la mariée
Sur la robe, la documentation est mince. Des sources secondaires évoquent une robe à paniers en drap d’argent pour la cérémonie de Versailles, la mère de la mariée, l’impératrice Marie-Thérèse, aurait aussi offert des diamants, mais la formulation reste vague ; aucun couturier n’est nommé et nous n’en inventons pas. Nous nous en tenons à ces éléments, sans détail chiffré.

Les cadeaux, le banquet et le coucher
Dans l’après-midi, la dauphine reçoit son cadeau de noces : un cabinet sculpté contenant bijoux et objets précieux. C’est ce qu’on appelait la corbeille, présent traditionnel du marié. Le roi Louis XV et la famille royale sont présents, ainsi que les princes du sang et toute la cour : on cite à la fois les signatures du roi et le rôle de la duchesse de Chartres, qui remet la chemise de nuit à la dauphine, tandis que le roi remet celle du dauphin.
Les festivités du jour sont décrites par le château de Versailles : jeu du roi dans la galerie des Glaces, banquet à l’Opéra royal tout neuf, construit par Gabriel, puis cérémonie du coucher avec bénédiction du lit par l’archevêque de Reims. Le feu d’artifice prévu à Versailles est annulé à cause d’un orage. Cette annulation compte pour la suite du récit, car beaucoup de textes la confondent avec le drame de Paris.
L’Opéra royal, salle inaugurée pour la fête
Le banquet du 16 mai se tient dans un théâtre qui n’existait pas l’année précédente. L’Opéra royal, chef-d’œuvre de l’architecte Ange-Jacques Gabriel, est inauguré ce jour-là pour la fête du mariage du dauphin et de l’archiduchesse. Le site du château de Versailles le décrit comme la plus grande salle de concert d’Europe de son temps, et comme une prouesse technique autant que décorative.
Cette salle de prestige ne servira qu’une quarantaine de fois avant la Révolution, selon le château. Elle a pourtant survécu, et son histoire prolonge celle du mariage : Napoléon III y offre un banquet à la reine Victoria en 1855, puis la salle, presque en ruine à la fin de la Seconde Guerre mondiale, est restaurée par l’architecte André Japy et solennellement rouverte le 9 avril 1957 en présence d’Élisabeth II. C’est le lieu le plus directement conservé de ces journées de mai 1770.
Une cérémonie très codifiée
Tout, dans ce programme, rappelle que le mariage d’un héritier de France est d’abord un acte d’État. Le moment du coucher, par exemple, est public et ritualisé, avec la remise des vêtements de nuit par les plus hautes personnes de la cour. Pour d’autres exemples de rituels vestimentaires royaux, on peut se reporter à notre dossier sur le voile, le myrte et le bouquet, qui rappelle la place des vêtements dans les cérémonies de cour.
Le 30 mai 1770 : la catastrophe de la place Louis-XV
Pour célébrer le mariage, un feu d’artifice parisien est tiré le 30 mai 1770 sur la place Louis-XV, aujourd’hui place de la Concorde. Une panique éclate, et une bousculade se produit à l’entrée de la rue Royale. Le bilan officiel est de 132 morts, chiffre repris par le château de Versailles. Des récits postérieurs avancent des nombres bien plus élevés, 1 200 ou 3 000 victimes, qui ne reposent pas sur le décompte administratif : nous ne les retenons pas.
C’est une erreur fréquente de lier ce drame à la fête de Versailles du 16 mai. Le feu d’artifice qui a fait 132 morts est parisien, du 30 mai. Celui de Versailles avait été annulé quatorze jours plus tôt, à cause de l’orage. Parmi les sources utiles pour approfondir l’événement, on peut consulter la page de la revue L’Histoire sur le désastre de la rue Royale, qui replace la catastrophe dans son contexte parisien.
Les repères à ne pas confondre
| Date | Événement | Lieu |
|---|---|---|
| 19 avril 1770 | Mariage par procuration | Vienne |
| 7 mai 1770 | Remise de la princesse | Île aux Épis, sur le Rhin |
| 16 mai 1770 | Mariage religieux, feu d’artifice annulé | Chapelle royale de Versailles |
| 30 mai 1770 | Bousculade du feu d’artifice, 132 morts | Place Louis-XV, Paris |
Lire la cérémonie à travers ses acteurs
Si l’on regarde les personnages réunis le 16 mai, on retrouve le cercle complet du pouvoir royal. Louis XV, qui signe les registres avec la famille, tient le rôle de chef de la maison de France. Le dauphin, vêtu de l’habit du Saint-Esprit, apparaît non comme un marié ordinaire, mais comme l’héritier d’une monarchie dont les ordres de chevalerie font partie de la mise en scène. L’archevêque de Reims, grand aumônier de France, représente quant à lui l’Église dans l’État, puisque c’est à lui que revient la bénédiction du lit nuptial le soir même.

La dauphine, elle, est la grande absente des textes officiels : on connaît ses gestes, l’anneau reçu, la signature, mais peu de ses paroles. Cette discrétion des sources est utile pour qui veut écrire sans romancer. Elle rappelle que l’essentiel de ce que l’on raconte sur son état d’esprit ce jour-là vient de récits plus tardifs, et nous préférons nous en tenir aux faits que le château lui-même consigne.
Ce que disent les sources, et ce qu’elles ne disent pas
Pour faire le tri, trois niveaux de fiabilité se dégagent :
- Confirmé par le château de Versailles : la date du 16 mai, la chapelle royale, l’habit du Saint-Esprit, l’anneau, la signature des registres, le cabinet sculpté, le banquet à l’Opéra royal, le coucher, l’orage et l’annulation du feu d’artifice ;
- Attesté par des sources secondaires fiables : le lieu de la procuration, le nom du représentant du dauphin, la remise sur le Rhin, la rencontre du 14 mai près de Compiègne ;
- Écarté faute de preuve : toute précision sur le couturier de la robe, ainsi que les bilans de la catastrophe de Paris supérieurs au chiffre officiel.
La dimension politique de l’union
Au-delà du faste, la cérémonie de Versailles affiche aux yeux de l’Europe la solidité du rapprochement franco-autrichien. Chaque étape y concourt : la procuration de Vienne place l’engagement sous l’autorité de la cour impériale, la remise sur le Rhin matérialise le passage d’un État à l’autre, la célébration à Versailles ancre la dauphine dans la monarchie des Bourbons. C’est un triptyque diplomatique autant qu’un mariage, et il faut le lire ainsi pour comprendre pourquoi tant de soin a été mis à chaque rituel.
On mesure aussi, avec le recul, la charge qui pèse sur les épaules de deux adolescents. Marie-Antoinette, 14 ans, quitte sa famille et son pays sans perspective d’y revenir ; le dauphin, 15 ans, doit assumer d’être au centre d’un cérémonial qu’il n’a pas choisi. Leur destin commun, qui s’achève par l’échafaud en 1793, n’était évidemment pas inscrit dans les fastes de 1770, mais il ajoute à cette page d’histoire une dimension que le lecteur contemporain ne peut ignorer.
Sans lune de miel, puis l’échafaud : le sort des époux
Aucun voyage de noces n’est mentionné par les sources consultées : le couple s’installe à Versailles, et le château n’évoque rien de tel. Pour suivre l’histoire de ces voyages, des croisières de Grace Kelly aux îles lointaines, voyez notre dossier sur la lune de miel exceptionnelle des couples princiers.
Le château de Versailles précise enfin que le mariage n’a été consommé que sept ans plus tard, en 1777. Cet aspect, souvent exploité par les biographies, est surtout un indicateur de la jeunesse des époux et de la lenteur avec laquelle leur relation s’est installée.
Louis XVI et Marie-Antoinette après 1770
Louis XV meurt le 10 mai 1774, et le dauphin devient roi sous le nom de Louis XVI. Les dates classiques de leur fin, relevées dans les archives de France, sont les suivantes : Louis XVI est guillotiné le 21 janvier 1793 place de la Révolution, et Marie-Antoinette le 16 octobre 1793, après son passage à la Conciergerie. Nous nous en tenons à ces repères, sans détailler au-delà des dates attestées.
Ce destin tragique donne rétrospectivement une coloration particulière à la fête de mai 1770. Le château de Versailles note d’ailleurs qu’à l’époque, la dauphine devient la première dame de la cour, et que le jeune couple incarne aux yeux du public la promesse d’un règne nouveau, que l’âge avancé de Louis XV laissait attendre prochainement. Mais il faut résister à la tentation de relire toute la cérémonie à la lumière de ce que l’on sait de la suite. Sur le moment, il s’agissait d’un grand mariage dynastique, mené selon un protocole précis et annoncé comme le triomphe d’une alliance.
Comparer avec d’autres mariages franco-autrichiens et monégasques
Le mariage de 1770 est le premier d’une série d’unions où la France accueille une archiduchesse. Le deuxième exemple majeur est celui de Napoléon et de Marie-Louise en 1810, déjà cité. Pour un contraste saisissant, on peut ensuite lire le récit du mariage de Grace Kelly et du prince Rainier III, où une actrice américaine devient princesse en 1956 : l’événement est alors télévisé, alors que celui de 1770 se vit devant la seule cour.
L’ensemble de ces cérémonies est présenté dans notre pilier Bourbon, Bonaparte et Grimaldi, qui rassemble les mariages de France et de Monaco.
Ce qu’il faut retenir
Le mariage de Marie-Antoinette et du dauphin Louis reste l’un des plus commentés de l’histoire de France. La date du 16 mai 1770 à Versailles, la procuration du 19 avril à Vienne et la catastrophe du 30 mai à Paris sont trois jalons distincts. En les séparant soigneusement, on évite les confusions les plus répandues et l’on rend à chaque événement sa place dans le calendrier de cette année 1770.
Questions fréquentes
Quand Marie-Antoinette et Louis XVI se sont-ils mariés ?
Le mariage par procuration a été célébré à Vienne le 19 avril 1770. Le mariage définitif a eu lieu le mercredi 16 mai 1770 dans la chapelle royale du château de Versailles.
Quel âge avaient les époux ?
Le dauphin, duc de Berry et futur Louis XVI, avait 15 ans. L'archiduchesse Marie-Antoinette en avait 14. Leur union scellait l'alliance conclue entre la France et l'Autriche en 1756.
Qui a célébré le mariage à Versailles ?
La cérémonie a été conduite par Louis de La Roche-Aymon, archevêque de Reims et grand aumônier de France. Le dauphin a passé l'anneau à la dauphine, puis les registres ont été signés.
Pourquoi le feu d'artifice de Versailles n'a-t-il pas eu lieu ?
Selon le château de Versailles, le feu d'artifice prévu le soir du 16 mai 1770 a été annulé à cause d'un orage. Il ne faut pas le confondre avec celui de Paris, le 30 mai.
Que s'est-il passé le 30 mai 1770 à Paris ?
Lors du feu d'artifice organisé place Louis-XV, aujourd'hui place de la Concorde, une panique a provoqué une bousculade. Le bilan officiel est de 132 morts, chiffre repris par le château de Versailles.
Le couple est-il parti en voyage de noces ?
Non. Les sources consultées ne mentionnent aucun voyage de noces : le couple s'installe à Versailles. Le mariage n'a été consommé que sept ans plus tard, en 1777, d'après le château de Versailles.
